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Cérémonie Lila Gnawa

Dans le cadre des séminaires proposés à Villa Janna, Les Nouveaux Voyageur vous proposent de vivre une authentique cérémonie, Lila Gnawa, avec 16 musiciens et danseuses.

Qu’est–ce que Lila Gnawa ou Gnaouas ?

La constitution en confréries des gnaouas à travers le Maroc s’articule autour de maîtres musiciens (les mâallems) et/ou de rituel, d’instrumentistes (quasi exclusivement les qraqeb (ou qrâqech) — sorte de crotales — et le guembri), de voyantes (chouaafa), de médiums et de simples adeptes. Ils pratiquent ensemble un rite d’adorcisme* syncrétique (appelé lila au Maroc, diwan en Algérie) où se mêlent à la fois des apports africains et arabo-berbères et pendant lequel des adeptes s’adonnent à la pratique de la transe à des fins thérapeutiques.
Les Gnaouas sont considérés comme les intermédiaires entre le monde du réel peuplé d’humains et celui du surnaturel peuplé de génies appelés Djnoum.
Le rituel des gnawas s’appuie sur une Lila (nuit veillée) qui a lieu dans une maison ou dans la zaouïa (lieu saint). Il s’agit d’un rite citadin qui consiste à se connecter à son génie bienfaiteur et guérisseur. La Lila se développe dans l’espace d’une nuit. On la désigne par ce terme qui veut dire nuit en arabe dialectal.

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Origines
Les Gnaouas sont, à l’origine, des descendants d’anciens esclaves noirs issus de populations d’Afrique noire (Sénégal, Soudan, Ghana…). Ce terme identifie spécifiquement ces populations au Maroc, et de là, leur nom s’est diffusé à leurs homologues du Maghreb.
Ils furent amenés par les anciennes dynasties qui ont œuvré à l’histoire du Maroc, en commençant par l’empire Almohade.
Les travaux sur le culte des saints maghrébins ou sur la traite négrière en terre d’Islam ont tenté d’identifier la provenance de cette communauté et de ses pratiques rituelles en explorant l’origine du mot « Gnaoua ». L’explication fournie par Maurice Delafosse en 1924, est restée pendant longtemps l’unique référence étymologique du mot et fut adoptée par des générations de chercheurs. Selon lui, l’expression berbère akal-n-iguinaouen qui signifie pays des Noirs, aurait donné naissance au mot Guinée et au mot « Gnaoua » par ressemblance phonétique. Gnaoua, signifierait donc, par extension, homme noir ou venant du pays des hommes noirs (Afrique subsaharienne). Toutefois, en l’absence de données historiques probantes, seule cette parenté phonétique a permis d’appuyer l’hypothèse de l’origine subsaharienne de cette communauté et de ses rituels. Les chercheurs contemporains admettent qu’il est difficile aujourd’hui d’identifier l’origine des Gnaouas à partir de leur nom, d’autant plus qu’ils ne sont pas tous noirs, arabes ou musulmans. Ainsi, Il existe, au Maroc et plus précisément à Essaouira, des Gnaouas berbères et des Gnaouas juifs.

Objectifs
La thérapie Gnaoua
Les Gnaouas proposent à leurs adeptes de pouvoir s’affranchir de l’assujettissement envers les génies. A l’issue d’un long processus initiatique au sein de la confrérie, le sujet pourra bénéficier de la protection du génie évoquée en contrepartie de différentes formes d’offrandes. La thérapie Gnaoua cherche donc à établir une alliance stable entre l’initié et son génie-maître. Il s’agit là d’adorcisme à l’inverse de l’exorcisme qui, lui, vise à rompre le lien de possession existant entre l’esprit mécréant et la personne souffrante.

Les adeptes du culte sont généralement des malades en quête de guérison et le culte de possession fonctionne comme une cure. Toutefois, la possession n’est pas qu’exorcisation, la puissance curative n’est pas la seule dimension du culte. Le rituel des Gnawas consiste en une sorte « d’initiation dont le point de départ aura été la maladie ». Il y a une hiérarchie dans la possession : du possédé frappé au possédé qui maîtrise l’esprit qui l’a au départ tourmenté (celui-ci deviendra parfois maâlem ou chef de culte). Le culte de possession fonctionne pour les Gnawas comme une voie (tarique) conduisant à découvrir la lumière intérieure.
Les pressions extérieures exercées sur les Gnawas sont aujourd’hui très fortes. Elles viennent en partie des fondamentalistes musulmans qui vont tenter de diaboliser leurs pratiques.

Déroulement d’une Lila

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L’Aâda : le cortège est sans doute le moment le plus important d’une Lila car sans lui « la porte des couleurs ne serait pas ouverte et les esprits ne pourraient pas circuler ». Les adeptes, puis le Maallem (chef de culte) et son groupe entament une procession accompagnée par des T’Bel (tambours) et par les crotales. Ils chantent  » l’aafou ya moulana  » (délivre-nous Seigneur) comme invocation à la guérison thérapeutique et spirituelle. La Moqaddena et l’arifa promènent un brasero où brûle l’encens et aspergent les adeptes d’eau de fleurs d’oranger. Des jeunes filles ferment le cortège en tenant des bougies. L’Aâda est une procession haute en couleurs, un véritable spectacle musical.
L’oulad bambra et negcha constituent la partie profane de la Lila. C’est une mise en condition pour l’assistance et les musiciens. L’ambiance y est détendue. Les chants de l’ougba évoquent le Prophète Sidna Mohammed, les ancêtres et le Soudan. Les musiciens battent des mains et des pieds et dansent en reculant puis avançant face au Maallem. Les joueurs évoluent souvent en cercle au milieu duquel, à tour de rôle, chacun vient exhiber ses qualités de danseurs et pratiquer des sauts spectaculaires.
Les kûyû (tambours, crotales) demeurent une série de danses effectuées par les musiciens de la troupe. Ce n’est pas encore de la transe mais un jeu préliminaire, un spectacle, où l’on évoque les anciens maîtres, les saints de l’Islam, des personnages et esprits aux noms africains, la vie des esclaves.
C’est pourquoi, cette partie est également appelée wlad Bambara (les fils de bambara).
Elle fait référence à la préparation et au démarrage de la phase sérieuse (Ftouh) qui est suivie des M’louk.
Les Treq : Ce sont les parties sacrées de la Lila durant lesquelles sont invoqués, par cohortes successives, les génies des sept couleurs. Son début est marqué par des fumigations de jaoui qui circulent parmi les musiciens et dont se sert le Maallem pour sacraliser le Guembri, l’instrument central. L’introduction de cet encens brûlé, qui instaure la structure même du rituel, sera respectée scrupuleusement sous peine de mécontenter les génies.
Pendant la cérémonie, le Maître interprète différents groupes de chants, chacun d’eux est associé à un esprit et à une couleur jusqu’à ce que l’on découvre celle qui fait enter le patient en transe. A chacune des sept cohortes correspond une devise musicale et une fumigation des encens. De plus, à certains Mlouk sont associés une danse de possession, une nourriture et des accessoires spécifiques. C’est par l’addition de ces éléments qui mobilisent tous les sens et par le respect d’une liturgie propre à ce rituel que les génies pourront être invoqués. Pendant l’invocation de son génie-maître, l’adepte va se sentir attiré par une force irrésistible vers l’aire de danse. La moqaddema le couvre alors du foulard correspondant à la couleur appropriée et l’asperge abondement de fumigations de Jaoui. Les mains tremblantes, le corps secoué par des convulsions qui le mènent d’avant en arrière au rythme des crotales, il commence une danse de possession, devenant pour un instant la « monture » de son génie. Une fois ce dernier rassasié, il s’échappe du corps de l’adepte qui s’écroule subitement pour se réveiller demi-conscient quelque temps après. Il se sent alors spirituellement soutenu et plus apte à faire face aux vicissitudes quotidiennes.
Les M’louk viennent à la fin des kûyû (tambours, crotales). Après une pause, on apporte sur un plateau de l’encens et des foulards de différentes couleurs. S’ensuit le final des femmes. La transe atteint alors son paroxysme.

Les entités invoquées peuvent être des entités purement surnaturelles ou des saints ayant réellement existé. Il y a sept cohortes de mluk et chacune d’entre elles possède à sa tête un ou plusieurs esprits dominants. Les mluks ont chacun une devise chantée, un encens particulier (que l’on brûle quand l’esprit prend possession d’un adepte), une couleur.
On distingue les mlouk de la mer (moussaouiyin) auxquels on attribue le bleu clair ; les célestiels (samaouiyin) ont pour couleur le bleu foncé ; les mlouk de la forêt originaires d’Afrique ont pour couleur le noir tout comme les mlouk appartenant à la cohorte de Sidi Mimoun ; enfin les mlouk rouges (al houmar), sont liés au sang qui hantent les abattoirs. Le blanc et le vert sont réservés aux saints invoqués, notamment Moulay Abdelkader Jilali et les chorfa. La couleur jaune est attribuée à l’esprit féminin Lala Mira.

Musique & Instruments

Le guembri ou hajhouj est un luth à trois pincées de registre grave. Il a la forme allongée, presque rectangulaire d’un demi-tronc d’arbre coupé transversalement.
Les qrâqeb sont des crotales que le percussionniste actionne dans chaque main entre le pouce et le médius. Elles sont en forme de huit cordes d’environ 30 cm et sont attachées par paire au moyen de liens de cuir. En les entrechoquant, le percussionniste produit tous les détails du rythme.
Le tbel est un grand tambour à deux têtes maintenu sur le côté gauche du musicien par une bandoulière et joué avec deux baguettes de forme différente.

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Le rythme
Dans le répertoire de la lila, le rythme joue un rôle prépondérant. Les rythme typiques gnawas superposent et alignent des formules binaires et ternaires. Le soubassement rythmique des crâqeb est rigoureusement régulier pour chaque phase de la lila alors que le chant est fluctuant. Autant la ligne mélodique chantée, est coulante, autant la percussion est détachée.

Le chant
Le répertoire de la lila comporte un ensemble de chants ponctués par des solos de guembri.
Tandis que les m’louk chantent, le guembri annonce la devise du melk constituée d’une phase courte.
L’adepte reconnaît cette devise et lui répond immédiatement en rentrant en transe.